Les gratitudes

« Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, les secrets, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, autour d’un prénom, d’une image, d’un parfum. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences.

Et la peur de mourir.

Cela fait partie de mon métier.

Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui – encore aujourd’hui, après plus de 10 ans de pratique – me coupe parfois le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas.

Je regarde mes vieux, ils ont 70, 80, 90 ans, ils me racontent des souvenirs lointains, ils me parlent d’époques anciennes, ancestrales, préhistoriques, leurs parents sont morts depuis 15, 20, 30 ans, mais la douleur de l’enfant qu’ils ont été est toujours là. Intacte. »

Les enfants sont rois

« Pour moi, ces enfants sont victimes de violence intra-familiale. On en reparlera vous verrez. Je prends les paris. Les parents prétendent que c’est un loisir – qui rapporte des millions -, moi j’appelle ça un travail dissimulé. Un travail pénible, harassant, et dangereux, quoi qu’ils en disent. Un travail qui isole ces mineurs et les expose au pire. (…) »