« quand je suis avec lui, il y a quelqu’un avec moi dans ma maison du deuil, quelqu’un qui connaît son architecture aussi bien que moi, capable d’y errer avec moi, d’une pièce triste à l’autre si bien que la structure oscillante de vent et de vide n’est plus aussi effrayante et solitaire qu’avant. »
Étiquette : adolescence
54 Minutes
« – Le deuil est un trou béant, pas vrai ? dis-je doucement.
Je ne sais même pas s’il m’entend, mais ces paroles sont autant pour moi que pour lui.
– Il est partout, il consume tout. Certains jours, tu crois ne plus pouvoir continuer parce que le désespoir est la seule chose qui t’attend. Certains jours, tu ne veux pas continuer parce qu’il est plus facile d’abandonner que d’être à nouveau blessé. »
Les collisions
« L’humain devrait se soucier de ce qui est véritablement important.
– Genre?
– Le fait qu’on soit une calamité. Et ça va bien au-delà de notre système. Espèce douée d’intelligence… Tu parles! Faut voir ce qu’on en fait de notre gros cerveau : on sait aller sur la lune et on a le matériel pour faire sauter la planète en quelques secondes, mais la moitié de la population crève de faim et on ne peut toujours pas soigner le cancer. L’humain, c’est de la grosse saloperie. »
Diabolo Fraise
« Hé, les filles ! murmure t-elle. A votre avis, ça a le goût de quoi, le bonheur ?
Trois paires d’yeux se tournent vers elle. Réflexion.
— De barbe à papa ? improvise Antonia en posant le magazine sur ses genoux.
— De chiotte ! lâche Jolène, pas joueuse.
— Et toi Judy ? Tu dirais quoi ?
— Vous vous moquez pas de moi, hein ?
— Quelle idée ! répond Marieke
— Je dirais que le bonheur a le goût des quenelles de Papa.
— Et s’il était une couleur ?
— Couleur de peau, répond Antonia sans hésiter.
— Couleur page blanche, propose Jolène. Le bonheur, c’est peut-être quand tout reste à écrire ?
— Le marron des yeux de Maman. »
A la place du coeur-saison 1
« J’ai dix-sept ans, la vie devant moi et de la mort partout. Une saloperie d’équation à résoudre. Je pourrais très bien renoncer. Au goût des choses. Aux règles du jeu dont je devine qu’il n’a aucun sens. Oui, je pourrais très bien laisser tomber. C’est quoi l’autre choix ? »
