brexit romance

 » Personne ne vous a donc jamais dit, demanda Kamenev, que le up et le down sont le yin et le yang de la langue anglaise, ses points cardinaux, sa raison d’être ? »

« Comment ça ? Mais non ! » s’affola Marguerite, choquée que Madame Kessler ait ainsi failli à son devoir.

« C’est une langue obsédée par la verticalité », dit Kamenev derrière son journal. « Il faut toujours qu’elle précise ce qui est en haut et ce qui est en bas. Quand on a une idée, on think up quelque chose. Quand on méprise quelqu’un, on le look down. Quand on cherche une maison plus petite, on veut faire du downsizing, alors qu’un meilleur appartement sera plus upmarket. « 

Songe à la douceur

« Elles ont cette douce disgrâce des choses qu’on trouvait belles avant, cette saveur aigrelette des choses que l’on regrette quelques années plus tard.

Ces grands serments, ces gigantesque promesses, ces phrases folles, ces métaphores qui nous font après coup crisser des dents, ces monstrueuses hyperboles, ces anaphores ridicules, et qui pourtant alors nous paraissaient si vraies, si belles, que nous pensions nous être coulé en elles jusqu’à n’avoir plus de corps que les courbes de leurs majuscules, et d’autre réalité que les murmures, et que les mouvements des lèvres, de celui ou celle

à qui elles étaient destinées et qui les lisait quelque part roulant sur sa langue nos « r » et faisant frissonner nos « f »…

Il nous semblait alors que nous n’étions rien de plus et rien de moins que ce souffle chaud : la sculpture de nos mots ouvragée par ces lèvres. »