« Car les yeux de Simon, ce n’était pas seulement sa rétine nerveuse, son iris de taffetas, sa pupille d’un noir pur devant le cristallin, c’était son regard ; sa peau, ce n’était pas seulement le maillage fileté de son épiderme, ses cavités poreuses, c’était sa lumière et son toucher, les capteurs vivants de son corps. »
250 pages
Eldorado
« Je me suis trompé. Aucune frontière n’est facile à franchir. il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans sentir la moindre difficulté, mais il faut s’arracher la peau pour quitter son pays. Et qu’il n’y ait ni fils barbelés ni poste frontière n’y change rien. J’ai laissé mon frère derrière moi, comme une chaussure que l’on perd dans la course. Aucune frontière ne vous laisse passez sereinement. Elles blessent toutes. »
L’Estrange malaventure de Mirella
« Urbs pestilentia adflicta est.
Comme nul dans la foule ne réagissait, le bourgmestre traduisit :
— Il se dit que la peste est dans la ville.
Sitôt, le mot déclencha un murmure épeuré. Tout le jour, les habitants l’avaient prononcé tout bas. Voilà que le bourgmestre le clamait haut et fort : cela valait presque confirmation. La peste noire, portée par les rats infectés, tuait des bourgs entiers en quelques semaines. »
Les collisions
« L’humain devrait se soucier de ce qui est véritablement important.
– Genre?
– Le fait qu’on soit une calamité. Et ça va bien au-delà de notre système. Espèce douée d’intelligence… Tu parles! Faut voir ce qu’on en fait de notre gros cerveau : on sait aller sur la lune et on a le matériel pour faire sauter la planète en quelques secondes, mais la moitié de la population crève de faim et on ne peut toujours pas soigner le cancer. L’humain, c’est de la grosse saloperie. »
Diabolo Fraise
« Hé, les filles ! murmure t-elle. A votre avis, ça a le goût de quoi, le bonheur ?
Trois paires d’yeux se tournent vers elle. Réflexion.
— De barbe à papa ? improvise Antonia en posant le magazine sur ses genoux.
— De chiotte ! lâche Jolène, pas joueuse.
— Et toi Judy ? Tu dirais quoi ?
— Vous vous moquez pas de moi, hein ?
— Quelle idée ! répond Marieke
— Je dirais que le bonheur a le goût des quenelles de Papa.
— Et s’il était une couleur ?
— Couleur de peau, répond Antonia sans hésiter.
— Couleur page blanche, propose Jolène. Le bonheur, c’est peut-être quand tout reste à écrire ?
— Le marron des yeux de Maman. »
A la place du coeur-saison 1
« J’ai dix-sept ans, la vie devant moi et de la mort partout. Une saloperie d’équation à résoudre. Je pourrais très bien renoncer. Au goût des choses. Aux règles du jeu dont je devine qu’il n’a aucun sens. Oui, je pourrais très bien laisser tomber. C’est quoi l’autre choix ? »
