« quand je suis avec lui, il y a quelqu’un avec moi dans ma maison du deuil, quelqu’un qui connaît son architecture aussi bien que moi, capable d’y errer avec moi, d’une pièce triste à l’autre si bien que la structure oscillante de vent et de vide n’est plus aussi effrayante et solitaire qu’avant. »
Mois : avril 2021
Réparer les vivants
« Car les yeux de Simon, ce n’était pas seulement sa rétine nerveuse, son iris de taffetas, sa pupille d’un noir pur devant le cristallin, c’était son regard ; sa peau, ce n’était pas seulement le maillage fileté de son épiderme, ses cavités poreuses, c’était sa lumière et son toucher, les capteurs vivants de son corps. »
Eldorado
« Je me suis trompé. Aucune frontière n’est facile à franchir. il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans sentir la moindre difficulté, mais il faut s’arracher la peau pour quitter son pays. Et qu’il n’y ait ni fils barbelés ni poste frontière n’y change rien. J’ai laissé mon frère derrière moi, comme une chaussure que l’on perd dans la course. Aucune frontière ne vous laisse passez sereinement. Elles blessent toutes. »
54 Minutes
« – Le deuil est un trou béant, pas vrai ? dis-je doucement.
Je ne sais même pas s’il m’entend, mais ces paroles sont autant pour moi que pour lui.
– Il est partout, il consume tout. Certains jours, tu crois ne plus pouvoir continuer parce que le désespoir est la seule chose qui t’attend. Certains jours, tu ne veux pas continuer parce qu’il est plus facile d’abandonner que d’être à nouveau blessé. »
